Béatrice, infirmière en EHPAD

Le déconfinement a débuté, nous retrouvons peu à peu nos libertés de mouvements. Les visites de nos proches âgés à domicile ou en EHPAD reprennent timidement. Ce satané virus n’a pas disparu et toutes les précautions sont à prendre. Le travail des soignants s’est bien complexifié et, nous le savons, un retour aux « méthodes d’avant » est illusoire.

Je vous partage le texte magnifique écrit par une soignante. Béatrice est une infirmière très présente auprès de ses résidents en maison de retraite. Elle est toujours de bonne humeur et son sourire pétillant est très contagieux. Son regard posé avec calme et philosophie sur cette période et ses conséquences nous invite à poursuivre nos manifestations de gratitude auprès des soignants. 
Depuis le 17 mars, on s’est habitué au silence.
Plus de bruits de moteurs au loin,
Plus de cris d’enfants dans le jardin de l’EHPAD,
Ni de discussions animées avec les familles dans les couloirs.
Pourtant les cloches avaient sonné le jour de Pâques.

Le tonnerre vient de gronder.
Chant de la pluie sur les vitres du poste de soins.
Ces bruits surprennent comme la fidélité silencieuse de la nature,
L’ouverture des bourgeons, les pâquerettes s’invitant sur le gazon,
Les oiseaux reprenant leur chanson.

Alors ce minuscule parasite n’a pas tout arrêté ?
Non, pas du tout !
Oui, il a essoufflé le saturomètre, fait chauffer le thermomètre,
Epuisé et même tué, purgeant la fin de vie de sa dignité.
Mais il nous a aussi changé.

Les jours de repos, le temps a pris son temps,
Goutant le prix de l’instant présent.

Moins d’action, plus de contemplation.
Moins de consommation, plus de création.
Moins d’invitations, plus de communication.

Un temps d’arrêt imposé, une sobriété forcée pour discerner ce qui compte vraiment,
Des limites qui rendent plus libres, voire meilleurs.
Ennemi invisible qui nous renvoie à notre lien humain.
Dans notre métier de soignant, c’est un cadeau alors que beaucoup rêveraient d’être utiles.
Pourtant tant d’idées solidaires ont germé pour aider, partager, remercier… jusqu’à ouvrir ses fenêtres et applaudir.
Que restera-t-il de ces initiatives, de nos prises de conscience, de ces résolutions ?

Ce minuscule parasite aura fait bouger quelque chose en moi.
Je sais combien au cœur de l’épreuve peut naître la transformation.
Pas de joie sans tristesse, pas d’essentiel sans manque.
Notre suprématie d’hommes en a pris encore un coup !
Mais je crois en la résilience,
Je crois en l’espérance,
Je crois que tout a un sens,
Ce parasite aussi. Et pourtant…
Pour survivre il a besoin d’un hôte
Et je continue à avoir tellement peur d’être celui-là.

Béatrice termine en citant Shakespeare : « ce qui ne peut être évité, il faut l’embrasser ».
A méditer.
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