Ruth et Agnès, auxiliaires d'envie

Le confinement du premier semestre 2020 n’est pas loin derrière nous et je rencontre Agnès et Ruth, deux auxiliaires de vie qui sortent d’une période intense et sont joyeuses à l’idée de témoigner sur le Journal d’une aidante. Au sein de la structure qui les emploie, ALENVI, on les appelle des « auxiliaires d’envie ».

Nous entamons un dialogue dont la durée dépasse le temps que j’avais imaginé et j’en ressors pleine d’émotions positives. L’impact énorme de la situation sanitaire sur leur travail quotidien n’a pas entamé leur enthousiasme à exercer une profession qu’elles aiment par-dessus tout. De quoi doper les familles qui œuvrent pour le maintien à domicile et confient leur proche vieillissant à une auxiliaire de vie quelques heures chaque semaine. La preuve ci-après.

Comment instaurez-vous de manière durable une relation de confiance avec la personne âgée et ses proches aidants ?

Agnès : Lors de notre première visite, nous rencontrons la famille avec son proche aidé. Ils nous communiquent leurs besoins et ce qui est mis en place. Nous expliquons aux aidants que nous sommes un soutien pour eux, que nous pouvons échanger régulièrement pour faire le point, et les conseiller. D’ailleurs, nous créons souvent un groupe d’échange sur une messagerie collective.

Ruth : Je demande à l’aidant principal ce que son proche aime et ce qu’il aimait faire avant la perte d’autonomie. En me renseignant sur leurs centres d’intérêt et leurs activités passées, j’en tire des sujets de conversation. Mais je fais attention à ne rien imposer. Il y a une dame très cultivée qui m’apprend beaucoup de choses et je sens qu’elle apprécie de me transmettre ce qu’elle sait. La musique et les petits pas de danse sont aussi des incontournables.

Agnès : Il faut apprendre à connaître la personne, lui proposer plusieurs activités et s’adapter. Un jour, un monsieur qui avait pour habitude de jouer au scrabble n’y arrivait plus. Nous sommes donc passés au jeu du domino. J’aime beaucoup les accompagner en promenade, non seulement pour l’exercice physique mais aussi parce que c’est un moyen de raviver leur mémoire. A chaque fois que nous nous promenons dans le jardin des Tuileries, un Monsieur atteint de la maladie d’Alzheimer me raconte des histoires très intéressantes.
Tout au long de mon accompagnement, je continue à rassurer les proches. Au départ, ils peuvent avoir peur de nous confier leur parent et ils se sentent aussi coupables d’être à distance. Je les apaise en leur disant que nous serons très souvent en contact.

Ruth : C’est exactement ça, nous sommes le relais des proches aidants sur place. Il faut dire que leurs craintes s’estompent vite lorsqu’ils voient leur parent souriant ! Si je communique avec la famille, ce n’est pas uniquement pour leur poser une question ou les alerter en cas de difficulté. Je leur envoie aussi des messages pour leur dire qu’aujourd’hui leur maman est joyeuse ou pour leur envoyer une photo où elle a le sourire. C’est tout simple et ça leur fait très plaisir.

Quelles difficultés rencontrez-vous parfois et comment y remédiez-vous ?

Ruth : Je pense à une situation où il y avait des tensions dans une famille. Les enfants de la dame âgée m’appelaient chacun pour les mêmes questions car ils ne communiquaient pas entre eux. Le mieux à faire selon moi dans ce cas, c’est de rester calme et neutre.

Agnès : Un jour, un conflit a éclaté entre une mère et sa fille devant moi et la grand-mère dont je prends soin. Je suis restée discrète en gardant mon calme et mon sourire.
Il m’est aussi arrivé de ressentir un agacement en remplaçant l’auxiliaire de vie habituelle qui était absente. Ni la personne âgée, ni son aidant ne veulent avoir à ré-expliquer tout le fonctionnement de la maison de A à Z. Je l’ai bien compris. Nous simplifions tout quand la transmission se fait directement entre auxiliaires de vie car cela diminue l’appréhension de la personne âgée face à sa nouvelle aide de vie. 

Comment s’est déroulé votre métier d’auxiliaire de vie pendant la période du confinement ?

Ruth : J’ai commencé par traverser une période angoissante puisqu’il fallait s’habituer à appliquer des gestes barrières stricts tant avec les personnes dont je prends soin qu’avec ma propre famille. En rentrant à la maison je me précipitais dans la salle de bain pour me doucher avant de pouvoir embrasser mes enfants. Pourtant, malgré toutes les précautions que je prenais, l’inquiétude de savoir si elles étaient suffisantes ne m’a jamais quitté. Évidemment, cette angoisse était générale et il fallait rassurer les personnes âgées dont je m’occupais. Avec l’impossibilité des visites par les membres de leur famille, j’ai donc pris l’initiative de programmer chaque jour des appels téléphoniques avec les proches. Il fallait expliquer à chaque fois à Mme J. pourquoi sa fille ne pouvait pas lui rendre visite et désinfecter le téléphone mais en fin de compte ces prises de contacts étaient des bons moments.
Par ailleurs, comme personne ne pouvait venir pour faire le ménage, je m’en suis chargée, ce qui va au-delà de mes tâches habituelles. J’étais récompensée par la petite lueur de satisfaction que je voyais dans le regard de mes personnes âgées. 

Qu’est-ce qui vous plait dans votre métier d’auxiliaire de vie ?

Ruth : On n’est pas que les techniciens de la toilette, on est les techniciens de l’empathie et de la bienveillance !
Il y a tellement de bons moments que c’est difficile de savoir lesquels vous raconter. Là je pense notamment à une dame qui me remercie sans cesse en me disant que je suis son rayon de soleil.
Vous savez quand je passe deux heures avec une personne âgée quasiment tous les jours, je m’attache à elle. Je fais nécessairement partie de sa vie. D’ailleurs ce métier c’est ma vie ! Je pense que les proches aidants le ressentent. Cela devient naturel pour eux de me demander des conseils pour eux-mêmes prendre soin de leur parent. Lorsque les aidants me font confiance et sont à l’écoute, non seulement je me sens vraiment utile et valorisée, mais mon travail est facilité. Et c’est aussi plus agréable pour la personne âgée. Pour bien travailler dans le domaine du soin, je pense qu’il faut être à fond dans son métier. Moi j’y vais tous les jours avec mes tripes. Même si je suis fatiguée, lorsque j’arrive chez une personne dont je m’occupe, j’enfile mon « uniforme de bonne humeur ». Alors évidemment lorsque les proches aidants s’intéressent à moi en dehors de mon seul rôle d’aidante professionnelle, qu’ils me demandent par exemple des nouvelles de mes enfants, je sens que je compte et cela me motive encore plus.

Il y a souvent des moments drôles lorsque l’on ne s’y attend pas. Je m’occupe d’un couple où le monsieur et la dame sont tous les deux atteints de la maladie d’Alzheimer à 79 ans. Ils me font penser à Roméo et Juliette. Ils ne font rien l’un sans l’autre. J’assiste à leurs disputes d’amoureux où systématiquement la dame me prend à partie en disant : « il ne m’écoute jamais, j’aurais dû l’abandonner, je vais peut-être demander le divorce ». Immanquablement, le monsieur lui répond : « mais non ma chérie, tu ne vas pas me faire ça !». C’est comme un jeu qu’ils rejouent constamment.  

Agnès : Les remerciements, la gratitude que me montrent les personnes âgées ou leurs proches aidants sont très précieux. Une dame que j’accompagnais chez le podologue a demandé à celui-ci : « mon amie peut-elle rester avec moi pendant le soin ? ». Sentir que je fais partie pour cette dame du cercle de ses proches m’a beaucoup touché.
C’est un métier de contact et pas uniquement avec les bénéficiaires des soins. J’apprécie énormément les échanges avec mes pairs lors des réunions d’équipe organisées deux fois par mois. Il y a toujours un moment drôle où nous partageons nos différentes anecdotes. 

Ruth : Il faut aussi dire que la structure qui nous emploie a un fonctionnement tourné vers notre bien-être. En arrivant chez Alenvi, j’ai découvert une nouvelle manière de travailler. Nous sommes organisées par équipes d’auxiliaires de vie où chacune exerce aussi un rôle connexe :  référente du planning, du recrutement, des premières visites ou de l’accompagnement. C’est très différent des autres structures qui m’ont précédemment employée. Je m’en suis rendue compte dès l’entretien d’embauche qui a eu lieu devant des auxiliaires de vie. Je me suis sentie tout de suite à l’aise. Ensuite, j’ai eu une période d’intégration où je n’allais pas seule aux premiers rendez-vous chez les bénéficiaires. J’étais accompagnée par une « ancienne » auxiliaire de vie qui jouait le rôle de marraine. 

Agnès : Dans mon poste, je me sens valorisée par tout le monde, y compris par les dirigeants de la structure. J’ai le droit de demander des conseils et de prendre des initiatives. Je sens que mon potentiel professionnel est reconnu. Je peux suivre des formations, en e-learning ou en présentiel, et parler de bien-être au travail pour une auxiliaire de vie est bien réel. Ici on me donne envie de travailler. 
C’était un plaisir de rencontrer Ruth et Agnès, si souriantes et enthousiastes sur un métier qui, nous le savons, n’est pas toujours facile. Je sors de cet entretien confiante, reconnaissante et certaine que les auxiliaires de vie doivent et peuvent être plus valorisés. N’avons-nous pas tous intérêt à ce que le maintien à domicile de nos aînés soit facilité ?

Amis aidants, n’hésitez pas à communiquer vos encouragements et remerciements aux auxiliaires de vie qui prennent soin de vos parents. Rappelez-vous que l’expression de gratitude donne autant de plaisir à celui qui l’exprime qu’à celui qui la reçoit. Votre proche ressentira lui-aussi les « ondes positives », c’est-à-dire une harmonie, une entente entre son aidant professionnel et les membres de sa famille. Voilà un cadre stable et rassurant, extrêmement bénéfique pour son moral et par conséquent pour sa santé !

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