Vincent, mari et aidant

Vincent est un haut-savoyard de cœur et d’adoption depuis 30 ans. J’ai rencontré un homme sportif et conscient de la beauté des paysages qui l’entourent. Il a quelque chose dans le regard et le sourire qui transpire la générosité et l’optimisme, et un rire très communicatif.

Etre aidant, il sait parfaitement ce que cela veut dire. Il a été confronté au rôle de mari – aidant deux fois. Dix ans après le décès de son épouse atteinte d’un cancer, sa nouvelle épouse a elle-aussi été touchée par un grave cancer. Deux parcours de combattantes qu’il a accompagnées admirablement comme le révèle son témoignage. 

Savoir aider grâce à mon héritage familial

J’ai vécu avec des femmes remarquables qui, chacune à leur manière, ont affronté leur maladie avec courage et intelligence. Je suis fier d’avoir pu les soutenir dans leur épreuve.

J’avais déjà été confronté, comme aidant indirect avec mes frères et mes enfants, à la longue maladie de Parkinson de mon père. Ma mère l’a accompagné pendant 15 ans. J’ai observé un parfait exemple de bienveillance, d’assistance à autrui et de générosité de cœur. J’ai compris, avec mes parents, le besoin d’agir, de résoudre les problèmes et la satisfaction d’accomplir quelque chose d’utile pour diminuer les souffrances.

Ce modèle m’a véritablement aidé à me sentir responsable et volontaire pour prendre une partie du fardeau qui allait à mon tour me toucher comme époux et aidant principal. 

Aider en transmettant de l'apaisement  

Lors de l’annonce du diagnostic relatif à ma première épouse, je me suis demandé quels propos et quelles postures je devrais adopter lors de l’évolution de la maladie, face à sa gravité et ses complications.

C’est une question qui s’est répétée tout au long de mes deux parcours d’aidant. Dire ou me taire ? Répondre ou esquiver ? Je me suis déterminé à chaque fois en fonction de la manière de rassurer. J’ai eu l’intuition que la solution était celle qui apportait de la tendresse et de l’affection.

J’ai assisté à tous les rendez-vous où les médecins évoquaient l’inefficacité du traitement, l’aggravation de la maladie, la nécessité d’une intervention puis le pronostic vital.

De retour chez nous, alors mon épouse cherchait dans mon regard les signes indiquant ce qu’elle devait comprendre, je reprenais les mots du médecin tout en les interprétant avec calme et douceur. Je me suis efforcé, en toutes circonstances, à ne pas exprimer d’inquiétude.

Pourtant, dès le départ j’avais conscience de la gravité de la maladie. J’ai donc dû adopter une posture schizophrénique mais je dois dire qu’elle a eu des mérites concrets. Je n’ai pas ajouté de souffrance au fardeau que supportait déjà mon épouse et c’est le meilleur soutien que je pouvais lui apporter.

J’en ai ressenti les effets dans sa capacité à profiter de l’instant présent avec moi.

J’ai beaucoup appris et bien vécu grâce à ce cercle vertueux : en prenant sur moi et en transmettant mon apaisement, j’étais récompensé par le regard apaisé qu’il engendrait. Nous nous rassurions mutuellement et nous rassurions aussi notre entourage !

J’ai expérimenté les mêmes bénéfices dans l’accompagnement de ma seconde épouse. 

Etre aidant est une expérience gratifiante 

Je me suis enrichi aux côtés de mes proches malades dans la compréhension de l’humain devant l’adversité de la vie.

Devenir aidant m’a rendu meilleur.

Etre aidant m’a rendu heureux.

Parce que choisir l’humanité et la générosité de cœur a la vertu d’être positif et gratifiant.

Je suis convaincu que chacun a en lui les atouts pour être aidant. C’est dans l’engagement que va se révéler l’aidant et qu’il trouvera la motivation et la manière dont il sera capable d’accompagner le souffrant.

Je suppose que j’ai la chance d’avoir une bonne capacité de résilience qui m’a permis de vivre ces parcours le mieux possible. Si cela n’avait pas été le cas, je n’aurais pas hésité à me faire aider par des amis ou des anciens aidants pour évacuer le stress. Aujourd’hui, je me sens d’ailleurs prêt à soutenir et motiver des aidants qui en auraient besoin. 
Je voulais partager sur ce blog l'état d'esprit de Vincent. Son approche positive tournée vers l'apaisement à transmettre au proche aidé. Sa capacité à se satisfaire de la joie qu'il procure et des sourires qu'il reçoit. Est-ce un parcours d'aidant "exemplaire"? Je ne sais pas mais c'est la voie que Vincent a trouvée sur la montagne érigée face à lui.

Croyez-moi, échanger avec lui remet en forme comme comme une bonne session de sport !

Je vous parlerai d'ailleurs dans le prochain post de la réflexion que ce témoignage m’a inspiré sur le parcours sportif de l’aidant.

N’hésitez pas à partager vos commentaires avec Vincent ci-dessous.
Et si ce témoignage vous donne des idées, vous pouvez aussi m’en faire part en me contactant directement ici
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Vos réflexions sur le sujet

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3 Commentaires

  • Paige
    "C’est une question qui s’est répétée tout au long de mes deux parcours d’aidant. Dire ou me taire ? Répondre ou esquiver ? Je me suis déterminé à chaque fois en fonction de la manière de rassurer. J’ai eu l’intuition que la solution était celle qui apportait de la tendresse et de l’affection." C'est la ligne qui m'a impressionnée. Je trouve que cette idée est important pour la vie quotidienne et pour un.e aidant.e. Merci, Vincent, pour votre travail avec vos deux épouses et votre famille. C'est vrai que vous avez un bonne capacité de résilience contre les émotions qui peuvent changer dramatiquement la situation chez vous.
    • Vincent
      Oui Paige, vous avez bien perçu que c’est la première chose à laquelle l’aidant est confronté.Quels propos, postures et comportements l’aidant doit il adopter et ceci durablement, tout au long de l’épreuve, et cela peut durer. Pour moi se furent 4 années pour chacune des mes épouses , des périodes très complexes dans les deux dernières années de leur combat. La source de la motivation qui m’a déterminé dans cette philosophie est basée sur l’amour qui anime la relation avant la découverte de la maladie , et que l’on entretient pour accompagner l’être aimé dans son épreuve ses combats , et malgré l’impact de la maladie sur le sentiments amoureux. Leur sentiment amoureux s’est estompé progressivement dans le regard , les preuves d’amour se sont faites plus rare , toute leur énergie était consacrée à lutter, supporter les souffrances , survivre le plus longtemps possible. D’où l’importance d’être endurant et de se satisfaire de l’altruisme , de l’attachement que l’on procure et de l’effet que cela a pour améliorer la vie de son épouse . Cordialement Vincent
      • Paige
        Vincent, merci pour votre réponse. Je suis reconnaissante pour votre témoignage et explication d'amour qui adapte toujours avec la situation. Je pense à vous, Vincent, et j'espère que vous partagerez votre témoignage avec plusieurs personnes - même si quelqu'un a une maladie ou pas, la reconnaissance de l'amour dans la vie quotidienne (dans une mariage, amitié, etc) est importante. On a besoin de ce rappel.

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